Revue Laura Pages 20-21. Interview with Harris Gkekas and Nadia Chevalerias

 

Ctitique Toute l’eau et rien que des gouttes par Jöelle Foussard (Directrice du Jardin des Lettres-Bourges)

« FAIRE POEME SEMBLE PLUS QUE JAMAIS NECESSAIRE FACE A UNE MODERNITE FRENETIQUE. Le poème demeure le lien encore possible d’un ralentissement, d’une insurrection contre le temps. »

Poésie, métaphysique, fraternité, abandon, rencontre, mutation, mort qui n’est pas mort, mais nouvelle naissance. Après le parfait diamant qu’est « Plateaux », cérébral et corporel à l’extrême, coupant le souffle par sa concision, son efficacité, sa beauté plastique, « Toute l’eau et rien que des gouttes » arrive après cette période marquée par la pandémie, l’isolation, un temps qui oblige à reconnaître l’essentiel. Dans le désarroi face à l’adversité que tout homme ressent (au cours du débat Harris Gkekas fait allusion aux Erinyes, les récits mythologiques disent en images la permanence de la condition humaine), l’homme trouve son salut, non dans l’affrontement, mais au contraire dans l’abandon, l’acceptation de sa fragilité – c’est le geste très fort du danseur qui ôte ses yeux et dansera un long moment les yeux clos, à la fois dans une vision intérieure et par un appui sur l’autre. L’autre, qui n’est pas le tout-sachant, mais celui qui accueille dans un mouvement par lequel celui qui donne reçoit, ainsi l’homme en souffrance devient celui qui porte, très littéralement dans la danse. Une pièce travaillée avec subtilité et profondeur. Trois personnages, deux hommes, une femme, des relations différentes, pour un monde vivant, aimant. Sobriété des interprètes Clémence Dieny et Nathan Freyermuth, virtuosité d’Harris Gkekas. Une pièce qui fait du bien et vient à point-nommé dire qu’aussi difficile fût-elle, la mue est possible à l’homme libre, et que nous avons la clé de nos prisons. Dansons.


Critique de Lilou S.

Ils suspendent le temps en un mouvement !Toute l’eau et rien que des gouttes est une pièce dansée inspirée de la mythologie ancienne. La pièce de Harris Gkekas nous fait planer dans le mystère tout au long de la représentation.
Un homme fou, désarticulé, marche, court, tourne en rond. Après quoi ? On ne sait pas. Cependant une femme présente à ses côtés le maintient à la raison. Mais lorsque les cloches sonnent ce n’est plus le même homme, il reprend sa folie ! Le mystère est là bien présent. De plus une atmosphère pesante et sombre arrive à s’installer dès l’entrée en scène des trois danseurs dans l’espace nu qui est l’estrade.
Les danseurs ont une maîtrise de leur corps et de chaque muscle tellement élevée qu’associée au son de l’eau, aux cloches, et à la musique en général cela donne un spectacle magique. On croirait être dans une bulle où le temps est différent, plus lent. Un élément remarquable de ce spectacle réside aussi dans l’utilisation des sons, puisqu’il s’agit de danse on penserait à de la musique, pourtant lorsque les personnages du couple dansent sans accompagnement musical l’unique son produit par leurs pieds contre le sol se fond parfaitement avec les mouvements, nous hypnotisant. Les gestes sont souvent saccadés presque désarticulés renforçant l’idée de démence. Un son semblable au tonnerre retentit pour briser le danseur et le plonger encore plus profondément dans sa folie. Par moments on ne sait plus ce qui est rêve et réalité, la brume légère qui flotte sur toute la scène rend cette interrogation possible, c’est une pièce fantastique en tout point !

Critique PLATEAUX par Nicolas Villodre

http://theatredublog.unblog.fr/2020/10/24/plateaux-dharris-gkekas/

Plateaux d’Harris Gkekas

 Bien fait ! est  le titre de la manifestation de rentrée à Micadanses. Il s’applique à cette pièce qui a inauguré ce nouveau cycle de Micadanses. La question esthétique du mélange des genres est résolue sous une forme, disons opératique, mixant musique pop et danse contemporaine. Harris Gkekas, natif de l’Olympe par définition béni des dieux, a, depuis toujours, sans doute «voulu être un artiste». Doué pour la musique, il intervient ici  efficacement , en mode rock progressif des années soixante-dix, aux côtés de l’excellent batteur Didier Ambact, adepte d’un rythme ternaire destiné à pulser ce qu’il faut et comme il faut. Passant de la lyre orphique électrique à la danse, Harris Gkekas s’affirme aussi comme chorégraphe.

Il juxtapose en les stylisant  et parfois, en les étirant, des exercices de style : solos, portés et travail au sol avec Jamil Attar, Lee Davern, Harris Gkekas et la remarquable soliste Vera Gorbatcheva. Entrées et sorties itératives contribuent à rythmer l’écoulement, autant sinon plus que les parties percussives. Un danseur s’improvise batteur mais…sans la technique d’un Fred Astaire dans A Damsel in distress et dans Daddy Long Legs, ou encore d’un Patrick Belda dans le court métrage Béjart de François Weyergans. La séquence la plus réussie  est sans doute celle des tableaux vivants ou plutôt de sculptures en mouvement. Chaque geste, chaque enchaînement et chaque agencement ont été fignolés. Et interprétés sans le moindre accroc. Nous avons été particulièrement sensible à l’art, la technique et la musicalité de Vera Gorbatcheva. La danseuse, élégante et subtile a été la révélation de la soirée.

Nicolas Villodre

Danse avec la Plume about ‘‘Oraison Double’’

https://genevieve-charras.blogspot.com/2019/06/danser-malher-au-xxi-eme-siecle-univers.html?fbclid=IwAR1nL9qa5_ubKooYTK7iwBxmMMyoVw8HUpMIosETqOCX7dfs_A0r3Uu5GLo

Geneviève Charras about ‘‘Oraison Double’’

https://www.dansesaveclaplume.com/en-scene/1098119-ballet-du-rhin-danser-mahler-au-21eme-siecle/?fbclid=IwAR0xsb3_K68bxHE0XN7Ysb6suSpyJ3YOpv7FbSXDTPCGZFynlSNudSfPqMI

Opera National du Rhin about ‘‘Oraison Double’’

https://www.facebook.com/operanationaldurhin/videos/2251779315086146/

https://www.facebook.com/operanationaldurhin/videos/801356873598094/

Peloponnisos News about ‘‘Plateaux’’

http://www.pelop.gr/?page=article&DocID=535457&srv=9

MAX MAG (Interview)

https://www.maxmag.gr/synenteukseis/charis-gkekas/

Tempo 24 about Plateaux

https://tempo24.news/eidisi/249809/patra-foto-o-haris-gkekas-kai-oi-strates-entyposiasan-to-koino-sto-romaiko-odeio

Patramou.gr about Plateaux

https://www.patramou.gr/eidisi/tehnes/11897/o-diakekrimenos-horeytis-haris-gkekas-sto-diethnes-festibal-patras

Culture Now Interview

https://www.culturenow.gr/xaris-gkekas-mou-leipei-i-parigoria-mia-idiaiteri-parigoria-pou-briskw-mono-sto-mitriko-edafos-tis-patridas/

Stéphane Gombert about ‘‘Plateaux’’

De retour de "la grande scène 2019" à l' Arsenal de Val de Reuil:

Impressionné comme rarement par l'écriture du mouvement qui anime les corps dans l'extrait présenté de la pièce d'Harris Gkekas : "Plateaux"". Cela commence posément et simplement sur le rythme tribal d'une batterie et d'une guitare post-rock jouées en direct. Puis très rapidement, les corps dansants surgissent pour se positionner face à nous, nous regardant droits dans les yeux, sûrs d'eux, comme un défi. Par leurs présences et la technicité, l'on se rend compte instantanément que c'est bien de danse, et pas d'autre chose, dont il s'agira. Puis très vite, nous comprenons qu'ils ne sont pas venus pour se contenter d'exposer leur virtuosité. Nous nous retrouvons face à des corps animés comme des machines désirantes. L'inconscient est ici une usine qui turbine et ne cesse de produire des gestes qui leur échappent, qui les débordent. Chaque danseur semble habité sans arrêt par des pulsions opposées qui le traverse. Pourtant l'on sent bien que chaque corps tente de se maîtriser, cherche à se saisir lui même. Mais comment faire ? si ce n'est en parcourant la multitude des possibles, pour enfin nous adresser des signes qui le définissent, qui permettraient de lui conférer enfin une identité. Mais celle-ci ne peut être fixe, définitive, non, nécessité vitale de toujours ré-ouvrir une ligne de fuite, changer de plans. Alors c'est comme s'ils devaient se chercher dans toutes les directions, l'une puis l'autre, au ciel comme au sol, très vite les corps ne semblent plus savoir où donner de la tête. Ainsi dans le mouvement de leur existence sur le plateau, ils sont perpétuellement redéfinis de l’intérieur par des impulsions différentes, contradictoires, auto détruisant quasi instantanément la proposition précédente. Dans un mouvement continu, on alterne vitesse puis lenteur, tension puis relâchement, ancrage puis déséquilibre, centre puis périphérie, maîtrise et abandon, grandeur puis infime, abstrait puis quotidien, sacré puis trivial. Rien n'est jamais stable, définitif, malgré leurs tentatives permanentes de se saisir par un geste ultime englobant. Si cette concentration intense de chacun sur lui même, captive notre attention, toujours surprise par les rebonds inattendus et les changements de registres, elle les empêche par ailleurs eux-même de rentrer en contact les uns avec les autres, les isolent dans la solitude d'une quête turbulente. On est proche d'une image détaillée et très écrite de l'instabilité intérieure de nos corps dans l' agitation de nos sociétés technologique, cette schizophrénie toute contemporaine. On en arrive à espérer qu'ils sortent de leur isolement pour se rencontrer, qu'ils reconstruisent du commun, qu'ils se regardent enfin, ne serait-ce que pour se contempler dans le miroir de l'autre. Cela n'arrivera que dans le duo final, tout en pudeur et élégance. Enfin disponibles et reliés l'un à l'autre, dans une simple marche à la trajectoire de deux cercles concentriques qui se croisent enfin, le couple peut quitter le plateau dans une foulée synchrone. L'ensemble de la pièce se déroule dans une inventivité d'écriture ininterrompue, et une incarnation totale des interprètes tous exceptionnels. A voir leur plaisir à danser "Plateaux", l'on ne peut qu'imaginer que celui-ci soit partageable.

Stéphane Gombert Co-directeur du Collectif12 Fabrique d'art et de Culture